top of page
Rechercher

MANIFESTE POUR L'AFRIQUE QUI SE CONSTRUIT ELLE-MÊME

  • Photo du rédacteur: Patricia Kanku
    Patricia Kanku
  • 25 avr.
  • 8 min de lecture

Voici un manifeste à la hauteur de cette vision.

Zone de Libre-Échange Continentale Africaine et Panafricanisme Économique : une Révolution Silencieuse

Rédigé à l'intention des bâtisseurs, des investisseurs, des leaders et des peuples du continent africain

PRÉAMBULE : LE TEMPS DE L'AFRIQUE EST ARRIVÉ

Il existe dans l'histoire des continents des moments charnières où tout bascule. Pas par accident. Par volonté collective. Par lucidité stratégique. Par refus tranquille mais déterminé de continuer à subir ce que l'on pourrait transformer.

Ce moment, pour l'Afrique, c'est maintenant.

Non pas parce que le monde nous y invite. Non pas parce que des institutions extérieures nous en ont accordé la permission. Mais parce que nous sommes 1,4 milliard d'êtres humains sur le continent le plus jeune, le plus riche en ressources, le plus vaste en terres cultivables, le plus dynamique en énergie entrepreneuriale de la planète entière.

Et parce que nous avons enfin, après des siècles de fragmentation, un outil juridique, économique et historique à la hauteur de cette ambition : la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine, la ZLECAf.

Ce manifeste n'est pas un document académique. Ce n'est pas un rapport de plus destiné à dormir dans les bureaux des institutions. C'est un appel. Un engagement. Une vision opérationnelle pour ceux et celles qui ont décidé de construire l'Afrique avec leurs mains, leur intelligence, leur capital et leur foi.

PARTIE I : CE QUE NOUS REFUSONS

Nous refusons de continuer à exporter des matières premières pour les réimporter transformées à prix triple.

Nous refusons que le commerce intra-africain représente moins de 15% de nos échanges totaux, quand l'Europe commerce à 70% avec elle-même, et l'Asie à plus de 50%.

Nous refusons que 54 pays frères et soeurs soient séparés par des barrières douanières qui coûtent plus cher à nos entrepreneurs que n'importe quel obstacle géographique.

Nous refusons que le capital africain aille chercher des rendements ailleurs pendant que nos jeunes cherchent des emplois introuvables sur leur propre sol.

Nous refusons que le mot "panafricanisme" reste un slogan réservé aux discours de commémoration, sans jamais descendre dans la réalité des contrats, des chaînes de valeur, des flux financiers et des emplois créés.

Ce refus n'est pas de la colère. C'est de la clarté.

PARTIE II : CE QUE NOUS CROYONS

Nous croyons que l'Afrique n'a pas besoin d'être sauvée. Elle a besoin d'être organisée.

Nous croyons que la ZLECAf est l'acte fondateur d'une nouvelle ère économique africaine, le cadre juridique qui transforme 54 marchés fragmentés en un seul marché de 1,4 milliard de consommateurs représentant un PIB combiné supérieur à 3 500 milliards de dollars.

Nous croyons que le panafricanisme du XXIe siècle ne se mesure pas aux discours tenus dans les sommets, mais aux entreprises créées, aux chaînes logistiques construites, aux monnaies digitales interconnectées, aux jeunes ingénieurs formés dans des universités panafricaines d'excellence.

Nous croyons que la femme africaine, entrepreneuse, agricultrice, financeuse, dirigeante, est le moteur le plus puissant et le plus sous-capitalisé de ce continent. Sa libération économique est une condition sine qua non de la réussite de ce projet collectif.

Nous croyons qu'une nation qui ne nourrit pas ses enfants avec ses propres ressources n'est pas encore souveraine. La souveraineté alimentaire africaine n'est pas une utopie : c'est une obligation stratégique.

Et nous croyons, profondément, que la Providence n'a pas doté ce continent de 60% des terres arables mondiales non exploitées, de la plus grande réserve de cobalt et de lithium de la planète, du réseau fluvial le plus puissant d'Afrique centrale, d'un milliard de jeunes pleins d'énergie créatrice, pour que nous continuions à être spectateurs de notre propre richesse.

PARTIE III : CE QU'EST LA ZLECAF, EN VÉRITÉ

La ZLECAf n'est pas un accord commercial de plus. C'est une révolution institutionnelle.

Signée en mars 2018 à Kigali et entrée en vigueur en 2021, elle regroupe 54 États membres représentant la plus grande zone de libre-échange du monde en nombre de pays. Son ambition est d'éliminer progressivement les droits de douane sur 90% des marchandises échangées entre pays africains, de libéraliser les services, de faciliter la circulation des investissements, et à terme, de créer un espace monétaire commun.

Ce que cela signifie concrètement pour un entrepreneur de Kinshasa, de Dakar, d'Abidjan ou de Nairobi :

Produire en RDC et vendre au Sénégal sans barrière douanière excessive. Investir en Côte d'Ivoire et ouvrir une filiale au Rwanda avec un cadre juridique harmonisé. Exporter des produits transformés africains vers d'autres marchés africains sans être pénalisé face aux importations asiatiques ou européennes. Créer des chaînes de valeur continentales : la fibre de coton du Mali transformée en Éthiopie, distribuée au Nigeria, portée par des consommateurs du Maghreb.

C'est la fin programmée du paradoxe absurde qui faisait qu'un entrepreneur ivoirien payait moins de taxes pour importer de France que pour acheter chez son voisin ghanéen.

PARTIE IV : LE PANAFRICANISME COMME STRATÉGIE, PAS COMME NOSTALGIE

Kwame Nkrumah disait : "L'Afrique doit s'unir." Ce n'était pas de la poésie. C'était de la géopolitique.

Soixante ans plus tard, nous savons ce que la désunion a coûté. Des guerres par procuration. Des ressources pillées sous couvert de coopération. Des élites formées à l'extérieur qui reviennent avec des solutions pensées ailleurs pour des réalités qu'elles ne comprennent plus vraiment.

Le panafricanisme économique du XXIe siècle tire les leçons de l'histoire sans en rester prisonnier. Il ne demande pas aux États d'abandonner leur souveraineté. Il leur demande de la mutualiser stratégiquement, là où l'union crée une puissance que l'isolement n'atteindra jamais.

Regardons ce que l'Asie a accompli avec l'ASEAN. Ce que l'Europe a construit avec le marché unique. Ces blocs ne se sont pas formés par idéalisme. Ils se sont formés par intérêt bien compris : ensemble, on pèse plus lourd dans les négociations commerciales mondiales, on attire plus de capitaux, on construit des industries à l'échelle suffisante pour être compétitives.

L'Afrique a désormais son cadre. Il reste à le remplir d'actes.

PARTIE V : LES SECTEURS OÙ SE JOUE L'AVENIR

Ce manifeste identifie cinq secteurs prioritaires où la convergence ZLECAf et vision panafricaine produira les transformations les plus profondes et les plus durables.

La souveraineté alimentaire. L'Afrique importe 50 milliards de dollars de nourriture par an. Pendant ce temps, elle possède 60% des terres arables mondiales non cultivées. L'agro-industrie africaine, de la production à la transformation en passant par la logistique froide et la distribution, est le chantier économique du siècle. La ZLECAf crée le marché. Les entrepreneurs africains doivent créer les entreprises.

L'énergie renouvelable. Un milliard d'Africains sous-alimentés en électricité, pendant que le continent reçoit la plus grande irradiation solaire du monde. Les mini-réseaux solaires, l'éolien côtier, l'hydroélectrique des grands fleuves africains sont des projets d'intégration en eux-mêmes. Une ligne électrique entre l'Éthiopie et Djibouti, entre la RDC et le Cameroun, entre le Maroc et le Sénégal, c'est de l'intégration concrète, tangible, qui allume les lumières et fait tourner les usines.

Les infrastructures numériques. La fintech africaine est la plus innovante du monde. M-Pesa a révolutionné la bancarisation bien avant que la Silicon Valley n'y pense. Le défi maintenant est d'interconnecter ces écosystèmes numériques entre pays africains, de créer un passeport numérique africain, une monnaie digitale panafricaine, un cloud souverain africain. La souveraineté des données est la souveraineté du XXIe siècle.

La santé et l'éducation. La pandémie de 2020 a révélé une vérité que nous savions sans vouloir l'admettre : l'Afrique ne peut pas dépendre de l'extérieur pour produire les médicaments qui soignent ses enfants. Des pôles pharmaceutiques régionaux, des universités de médecine panafricaines d'excellence, des industries de dispositifs médicaux à Abidjan, Nairobi, Casablanca et Johannesburg : voilà le chantier. Et dans l'éducation, une plateforme panafricaine de formation professionnelle en ligne, dans toutes les langues du continent, est plus urgente que jamais.

Les industries créatives et culturelles. Nollywood pèse plus d'un milliard de dollars. Afrobeats est la musique mondiale de cette décennie. La mode africaine conquiert Paris, Milan et New York. La ZLECAf doit inclure une politique culturelle ambitieuse, parce que la puissance douce africaine est un actif économique réel, et parce qu'aucune intégration n'est durable si elle n'est pas portée par une identité partagée, vivante et fière.

PARTIE VI : À QUI CE MANIFESTE S'ADRESSE

À l'entrepreneur africain de la diaspora qui hésite encore à investir sur le continent : tu as les compétences, le capital, la vision biculturelle. La ZLECAf te tend un marché d'un milliard et demi d'êtres humains. Le moment de la décision est maintenant.

À la femme dirigeante africaine qui construit en silence des entreprises qui transforment des vies : ton leadership est la ressource la plus stratégique du continent. Exige ta place aux tables où se décident les politiques commerciales, les allocations de capital, les partenariats transfrontaliers.

À l'État africain qui signe des accords mais tarde à les implémenter : tes entrepreneurs ne peuvent pas attendre. La simplification des procédures douanières, la digitalisation des frontières, l'harmonisation des normes sanitaires et techniques ne sont pas des détails techniques. Ce sont des actes politiques de construction nationale et continentale.

Au jeune Africain de 20 ans qui cherche sa voie : l'Afrique que tu vas habiter dans 30 ans sera celle que ta génération aura construite. La ZLECAf est ton héritage à saisir, pas un don qu'on t'offre. Forme-toi. Entreprends. Traverse les frontières de ton continent. Fais du business avec ton frère nigérian, ta soeur éthiopienne, ton cousin sénégalais. L'intégration se bâtit une transaction à la fois.

Et au leader politique africain qui lit ces lignes : l'histoire jugera non pas vos discours, mais les routes que vous aurez construites entre vos capitales, les frontières que vous aurez ouvertes à vos propres peuples, les jeunes que vous aurez équipés plutôt que déplacés.

PARTIE VII : NOS ENGAGEMENTS

En signant ce manifeste par nos actes quotidiens, nous prenons les engagements suivants.

Nous choisissons africain en priorité, à qualité et prix comparables, dans nos achats professionnels et personnels.

Nous investissons sur le continent, y compris hors de nos frontières nationales, en faisant confiance aux entrepreneurs de nos pays frères comme nous ferions confiance aux nôtres.

Nous formons des partenariats transfrontaliers, non pas par obligation institutionnelle, mais par conviction stratégique que l'échelle continentale est la seule qui nous rende compétitifs à l'échelle mondiale.

Nous refusons la corruption sous toutes ses formes, parce que la corruption est le premier obstacle à l'intégration, le premier frein à la confiance, le premier fossoyeur des projets collectifs.

Nous portons une vision positive et documentée de l'Afrique dans tous les espaces où nous parlons, parce que le récit que nous racontons sur nous-mêmes est une politique économique.

Et nous nous souvenons, toujours, que cette intégration n'est pas une fin en soi. Elle est le moyen par lequel un enfant né à Lubumbashi, à Conakry ou à Antananarivo aura accès aux mêmes opportunités de vie digne, de travail qualifié, de santé préservée et d'avenir construit qu'un enfant né à Genève ou à Séoul.

CONCLUSION : UN SEUL CONTINENT, UNE SEULE DÉCISION

L'histoire n'attend pas. Elle se fait ou elle se subit.

L'Afrique a eu son indépendance politique. Elle doit maintenant accomplir son indépendance économique. Non pas contre le monde, mais avec lui, depuis une position de force, de valeur ajoutée, de souveraineté assumée.

La ZLECAf est le cadre. Le panafricanisme est l'âme. Et nous, les femmes et les hommes qui décidons d'agir, sommes le corps de ce projet.

Il n'existe pas de meilleur moment pour bâtir l'Afrique que maintenant. Il n'existe pas de meilleur endroit pour le faire que ici. Et il n'existe pas de meilleure raison que celle-ci : nos enfants méritent un continent à la hauteur de ce que Dieu y a déposé.

L'Afrique se construit elle-même. Ou elle ne se construit pas.

Le choix nous appartient.

Ce manifeste est un document vivant, destiné à être porté, amendé, enrichi et surtout agi par toute personne qui croit que l'Afrique est non seulement le berceau de l'humanité, mais aussi son avenir.


 
 
 

Commentaires


bottom of page