NAFA: Le 9 avril 2026, l'Afrique a posé un acte fondateur.
- Patricia Kanku

- 25 avr.
- 3 min de lecture
À Abidjan, sous l'égide de la Banque africaine de développement, les gouverneurs de banques centrales, les dirigeants de fonds souverains, les régulateurs et les acteurs des marchés de capitaux ont adopté à l'unanimité le Consensus d'Abidjan, acte fondateur de la Nouvelle Architecture Financière Africaine pour le Développement, la NAFAD.
Voici ce qu'il faut comprendre.
1. Le paradoxe que ce Consensus veut résoudre
L'Afrique dispose d'environ 4 000 milliards de dollars d'épargne domestique à moyen et long terme. Dans le même temps, elle fait face à un déficit annuel de financement du développement qui dépasse 400 milliards de dollars.
Ce n'est donc pas un problème de richesse. C'est un problème d'architecture.
Cette épargne ne finance pas l'Afrique. Elle est investie hors du continent, faute d'instruments adaptés, de marchés suffisamment profonds et de mécanismes crédibles de partage des risques.
La NAFAD entend précisément corriger cela.
2. Ce que le Consensus engage concrètement
Onze résolutions ont été adoptées. Elles s'articulent autour de deux engagements majeurs.
Le premier est de mobiliser l'épargne intérieure africaine et de l'orienter systématiquement vers des investissements productifs sur le continent, grâce à des instruments coordonnés et des mécanismes de rehaussement du crédit.
Le second est de construire une architecture continentale robuste de partage des risques, qui abaisse le coût du capital pour les emprunteurs africains, attire des investissements privés et institutionnels à grande échelle et réduit la dépendance structurelle du continent à la perception extérieure du risque.
Ces deux engagements reposent sur quatre principes directeurs : subsidiarité, complémentarité, coordination et transformation du risque.
3. Ce qui m'a particulièrement frappée dans ce texte
Je salue avec conviction la décision de placer l'emploi des jeunes, l'autonomisation économique des femmes et la croissance inclusive au coeur de cette architecture financière, non comme des objectifs secondaires, mais comme des moteurs premiers de la transformation du continent.
Ce n'est pas une formule de style. C'est un changement de paradigme. Les politiques précédentes mentionnaient ces dimensions. Elles les marginalisaient dans les faits. Ici, elles sont inscrites comme fondements du modèle.
4. Ce que cela signifie pour nous, acteurs de la diaspora
Je le dis clairement : c'est un signal positif et concret pour nous.
Le continent ne nous attend plus passivement. Il construit activement les conditions d'un retour de capital, renforce sa légitimité institutionnelle et structure un écosystème entrepreneurial à la hauteur de ses ambitions.
Celles et ceux qui anticipent ce mouvement aujourd'hui, qui construisent dès maintenant leur positionnement sur les marchés africains et leur réseau dans les sphères où ces décisions se prennent, auront une longueur d'avance significative demain.
5. Une nuance que je veux poser honnêtement
Le Consensus est une déclaration unanime et historique. Mais une déclaration reste une déclaration.
L'histoire du continent compte plusieurs cadres de ce type dont l'opérationnalisation a été lente, partielle ou inexistante. Le vrai test sera la capacité à produire des transactions pilotes concrètes, à aligner les régulateurs, à harmoniser les marchés et à faire descendre ces ambitions jusqu'au niveau où les entrepreneurs et les PME peuvent en bénéficier réellement.
La BAD est désignée comme gardienne du processus, avec un forum annuel de suivi. C'est une bonne chose. Ce sera insuffisant si les États et les institutions financières privées ne s'approprient pas le mouvement avec la même détermination.
6. La question que je vous pose
Le tournant est là. L'architecture se construit. Les conditions se créent.
Nous, entrepreneurs, dirigeants, professionnels de la diaspora africaine, serons-nous au rendez-vous de ce tournant ?
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